
Le 14 mai 2026, la Police Judiciaire Fédérale (PJF) d'Anvers a tiré publiquement la sonnette d'alarme, mettant en évidence la sophistication croissante des arnaques aux factures. Les chiffres issus des autorités officielles belges confirment l'ampleur du phénomène :
on parle d’environ 32 millions d’euros de préjudice en 2025, certainement sous-estimé dans la mesure où le SPF Économie estime que moins de 1 % des victimes d'arnaques en ligne signalent les faits.
La fraude aux factures a considérablement évolué. Il ne s'agit plus de courriers physiques interceptés dans les boîtes aux lettres ou les centres de tri postal de Bpost (bien que ces pratiques perdurent). Désormais, les escrocs opèrent quasi exclusivement par voie électronique, avec une efficacité redoutable.
Tout commence par l'accès frauduleux à une boîte mail. Les criminels exploitent des identifiants de connexion compromis, issus de fuites de données antérieures. Ces données (souvent celles de grands opérateurs télécom comme Telenet ou Proximus) sont échangées ou revendues sur le dark web.
Une fois la boîte mail infiltrée, le processus se déroule de manière entièrement automatisée, grâce à l'intelligence artificielle : « Dès qu'ils accèdent à la boîte mail, ils interceptent et surveillent l'ensemble des courriers entrants via un processus automatisé. Ils manipulent ensuite les factures en pièces jointes en remplaçant la communication structurée et le numéro de compte. La facture modifiée, visuellement identique à l'originale, est ensuite discrètement replacée dans la boîte mail ou transmise directement à la victime. Grâce à l'intelligence artificielle, ce processus se déroule à une vitesse fulgurante. » (PJF D’Anvers)
Le résultat : une facture qui paraît totalement authentique – même logo, même mise en page, même fournisseur – mais dont le seul numéro de compte IBAN a été remplacé par celui d'une « mule financière »
contrôlée par les fraudeurs. La fraude est souvent découverte trop tard, lorsque le fournisseur légitime réclame le paiement.
Les principales formes de fraude aux factures sont les suivantes :
La fraude par usurpation du compte bancaire ou de Itsme
Les entreprises se voient aussi de plus en plus confrontées à de véritables hacking de leur environnement informatique et de leur Itsme, donnant accès aux fraudeurs aux programmes de paiement (par exemple ISABEL) que les entreprises utilisent habituellement. Le risque est alors qu’ils effectuent un nombre important de paiements via ces programmes, souvent durant le weekend où il y a moins de contrôle en temps réel des comptes.
Itsme a d’ailleurs publié sur son site internet le message suivant. La prudence est de mise.
Les conséquences fiscales pour les entreprises victimes
TVA – Une entreprise qui a payé une facture falsifiée ne peut en principe pas déduire la TVA correspondante si le paiement n'a pas été effectué au bénéficiaire légal. Le SPF Finances peut rejeter le droit à déduction si les conditions de validité prévues par le Code TVA ne sont pas réunies, or cela vise l’identification du fournisseur légitime. Il appartient à l'entreprise de prouver sa bonne foi.
Par ailleurs, une entreprise impliquée involontaire-ment dans un circuit de fraude carrousel à la TVA peut se voir solidairement tenue au paiement de la taxe frauduleusement déduite. La jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne impose en effet aux assujettis de vérifier la fiabilité de leurs fournisseurs.
ISOC – En cas de vol d’argent via une fraude bancaire, les sommes volées pourraient être déductibles au titre de pertes professionnelles, pour autant que le vol soit bien documenté avec un dossier de pièces solide (déclaration de vol à la Police, pas de négligence grave dans la gestion de la sécurité informatique, etc).
La facturation électronique obligatoire depuis le 1er janvier 2026 : un bouclier partiel
L’arrivée de Peppol depuis le 1er janvier 2026 rendant obligatoire la facturation électronique structurée pour toutes les transactions B2B entre assujettis TVA établis en Belgique a pour conséquence que les factures PDF transmises par e-mail ne sont plus considérées comme valides pour les échanges B2B depuis cette date.
La généralisation de Peppol devrait structurellement réduire la fraude aux factures entre entreprises, car les documents ne pourront plus circuler librement sous forme de PDF modifiables. Cependant, un autre risque surgit : celui d’approbation automatique de factures émanant de tiers qui ne sont pas vos fournisseurs. N’importe quel tiers peut envoyer une facture à une entreprise via Peppol, et il appartient au gestionnaire du programme de réception des factures de les vérifier avant de les approuver/payer.
De plus, la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) avertit que les fraudeurs s'adaptent déjà : ils cherchent désormais à pirater directement les systèmes de facturation et les accès Peppol des entreprises.
Comment protéger votre entreprise ?
Face à la sophistication croissante des fraudes, les autorités belges et la FEB préconisent une série de mesures concrètes. Les bonnes pratiques suivantes sont recommandées :
Sécuriser vos systèmes de messagerie
Sécuriser vos procédures de paiement
Migrer vers la facturation électronique structurée (Peppol)
Que faire si vous êtes victime d'une fraude à la facture ?
Conclusion : vigilance et sécurisation vont de pair
La fraude aux factures n'est plus une menace abstraite. Elle frappe des entreprises belges de toutes tailles, avec des conséquences financières et fiscales parfois dévastatrices. L'intelligence artificielle a profondément changé la donne : les arnaques sont désormais quasi indétectables à l'œil nu, entièrement automatisées et d'une rapidité déconcertante. La transition vers la facturation électronique obligatoire vi a Peppol constitue une avancée structurelle majeure. Mais elle ne dispense pas d'une vigilance constante sur la sécurité informatique et les procédures internes. Les fraudeurs s'adaptent, vos défenses aussi doivent évoluer.
Vous n'êtes pas seuls face à ces risques. B.F.S. vous accompagne au quotidien, que ce soit pour vous conseiller sur la sécurisation de vos processus de facturation, vous mettre en règle avec les nouvelles obligations légales, ou simplement répondre à une question qui vous préoccupe. Notre porte est ouverte.